Le Monde a eu accès à un procès-verbal retranscrivant les discussions des militaires la nuit de la mort du jeune militant à Sivens. Ces derniers étaient bien au courant qu'une de leur grenade était en cause au moment du drame.

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On en sait un peu plus sur les déroulés des faits le soir de la mort de Rémi FraisseLe Monde publie ce mercredi des extraits d'un procès-verbal daté du 29 octobre, soit trois jours après la mort du militant sur le site du barrage contesté de Sivens (Tarn). Il retranscrit les discussions des gendarmes la nuit du drame, enregistrées par la caméra de l'un d'entre eux. 

On y apprend ainsi que les militaires ont bien vu le manifestant s'écrouler juste après le jet de grenades offensives, dont l'utilisation a été suspendue par le ministère de l'Intérieur le temps d'une enquête interne. "Il est là-bas le mec. Ok, pour l'instant, on le laisse", disent-ils cette nuit-là. Un gendarme va jusqu'à minimiser ce qu'il se passe en criant à ses collègues: "C'est bon, il va se relever." 

 
 Mais Rémi Fraisse se relèvera jamais. L'autopsie révèle que le militant de 21 ans a été tué par une explosion, justement causée par le souffle d'une grenade offensive. Les gendarmes affirment en avoir jeté 23 cette nuit-là, Mediapart parle d'une quarantaine et affirme que les forces de l'ordre ont reçu des consignes "d'extrême sévérité."  

"Faut pas qu'ils sachent!"

Voyant que Rémi Fraisse ne bouge pas, les gendarmes dépêchent finalement un peloton sur le lieu de l'impact, raconte Le Monde. Les premiers secours ne donneront rien. "Il est décédé, le mec! Là, c'est vachement grave... Faut pas qu'ils le sachent!", s'affole alors un militaire. Par "ils", la gendarmerie, jointe par le quotidien, explique qu'ils parlaient des autres manifestants, craignant une escalade de tensions.  

Ces nouveaux éléments mettent à mal la communication des autorités. Au lendemain du drame, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a expliqué dans un communiqué que "le corps d'un jeune homme a été découvert", sans préciser les motifs du décès alors qu'ils étaient vraisemblablement connus. De son côté, le directeur de la gendarmerie a maintenu ces derniers jours dans Le Parisien sa version selon laquelle il n'y a pas eu de "faute" commise ce soir-là par ses troupes.  

Une information judiciaire est toujours ouverte par le parquet de Toulouse pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".  

Lexpress