En raison d'une croissance trop faible, les défaillances d'entreprises augmentent encore de 1% cette année à 63400. Les grandes entreprises ne sont pas épargnées.

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L'amour déclaré et assumé de Manuel Valls pour les entreprises n'y change rien: la série noire continue. L'année 2014 devrait en effet s'achever sur une nouvelle hausse de 1% des défaillances d'entreprises à un niveau historique de 63.400, révèle la dernière étude publiée par Euler Hermesleader mondial de l'assurance crédit, que Le Figaro s'est procurée. Et pourtant, 2013 avait déjà été une année noire marquée par 63.100 faillites (en hausse de 3%) dépassant le pic atteint en 2009 au plus fort de la crise.

«C'est un vrai jeu de massacre, résume Nicolas Delzant, Président du Comité Exécutif d'Euler Hermes France. Car sur les 63.400 entreprises qui ont disparu cette année, certaines survivent et sont mises en redressement, mais la plupart passent en liquidation ce qui représente une vraie destruction de valeur pour l'économie nationale nationale». En effet, dans 9 cas sur 10 les dépots de bilan se traduisent in fine par une liquidation, c'est à dire que les enteprises sont purement et simplement rayées de la carte.

«La croissance actuelle, soit 0,4% en 2014 et 0,8% attendue en 2015, est insuffisante pour stabiliser les défaillances qui restent très élevées en 2014 et devraient demeurer à niveau similaire en 2015», indique Nicolas Delzant. Il faudrait en effet 1,7% de croissance du PIB réel, en moyenne sur très longue période, pour parvenir juste à enclencher un reflux des défaillances. Ces dernières sont très dépendantes de la croissance: un point de croissance du PIB en moins signifie 5 points de croissance des défaillances en plus.

Si les PME sont en première ligne, les grandes entreprises ne sont pas épargnées. Les PME (avec un chiffre d'affaires entre 250.000 et 2 millions d'euros) restent soumises à une forte hausse des défaillances: +3,7% en 2014, après déjà +7,2% en 2013 et +6,4% en 2012. Elles représentent 21% des défaillances en France, soit plus de 13.000 entreprises par an. «Sur les 63.400 défaillances il y en a 47.000 qui concernent des TPE, qui sont très vulnérables à la dégradation de l'environnement économique et se retrouvent balayée au premier coup de vent», observe Nicolas Delzant.

Du coté des plus grandes entreprises (celles dont le chiffre d'afaires est supérieur à 15 millions d'euros), si une amélioration semblait s'amorcer début 2014, l'accalmie fut de courte durée: les défaillances repartent à la hausse depuis le printemps. Sur les 12 derniers mois (à fin septembre), Euler Hermes recense plus de 180 grandes entreprises défaillantes, un volume toujours très haut et en augmentation régulière depuis dix ans. «Les défaillances de ces grandes entreprises représentent cette année un chiffre d'affaires cumulé de 8,9 milliards d'euros et un poste fournisseur cumulé de 1 milliard d'euro», note Nicolas Delzant.

Une région sur deux est touchée. Corse, Haute-Normandie et Limousin enregistrent la plus forte hausse.

L'année 2014 a ainsi été marquée par les déboires du sidérurgiste Ascométal, fleuron de l'industrie française placé en redressement judiciaire début mars avant d'être repris en juin par Frank Supplisson ex-directeur de cabinet d'Eric Besson au ministère de l'Immigration, puis à Bercy. Parmi les gros dossiers, figurent aussi le groupe Mobilier Européen, numéro 4 français du meuble, avec près de 200 magasins sous les enseignes Fly, Atlas ou Crozatier et 3.600 salariés, placé en juin sous procédure de sauvegarde ou encore le groupe industriel Altia, placé en redressement judiciaire début août. Un tableau très éclectique.

La moitié des régions de France sont touchées, enregistrant une hausse supérieure à 1% des faillites, et même une progression supérieure à +6% dans trois d'entre-elles: la Corse, la Haute-Normandie et le Limousin. Mais les défaillances restent partout très élevées, y compris dans les régions où la tendance est plus favorable. Ainsi, si la Picardie affiche une baisse des défaillances de -7% sur les 12 derniers mois, elle enregistre un niveau de sinistralité d'entreprises supérieur de 12% à celui de 2009, dernier pic observé. Même l'Ile-de-France (+2,5% sur les 12 derniers mois) n'est plus épargnée par cette poussée.

Les secteurs du commerce de détail, de l'hébergement-restauration ainsi que la construction sont particulièrement touchés. «La construction représente près d'un quart des faillites et sa situation semble se dégrader fortement depuis quelques mois. Sa sortie de crise est essentielle et requiert des mesures de soutien adaptées, permettant à la fois de relancer les grands travaux et les rénovations de logements», conclut Nicolas Delzant.

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