Je ne suis pas aux ordres de quiconque, quand bien même il est président de la République. Il suffit pour désobéir de se poser quelques questions de bon sens. Afin de comprendre de quelle façon les politicards se servent des événements tragiques pour taire leur responsabilité et, surtout, faire oublier leur politique antisociale.

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Il est également hors de question que je répète bêtement comme un automate et sans réfléchir ce que les médias aux ordres ressassent sans relâche : « C’est une atteinte aux libertés ! » Certes cet attentat et cette prise d’otages, je les condamne, mais il n’y a aucune raison pour que je m’associe à cet appel à l’unité nationale venant des politicards. D’autant que, pour justifier cet appel, ils prennent des mines confites et outrées alors que ce sont les premiers à porter atteinte et à bafouer les libertés. Les médias, ils en ont le contrôle tout comme le patronat, car ils les tiennent financièrement et politiquement. À un point tel que les journalistes s’autocensurent.

Je ne m’associerai pas à cette « union nationale » factice, de circonstance, qui permet à des hommes et des femmes (les représentants politiques, religieux) de se faire une virginité en appelant à « l’union sacrée » et de faire l’impasse sur ce qu’ils sont : des êtres intolérants. Car les religions sont des idéologies de soumission et de résignation, elles sont porteuses d’actes fanatiques et criminels.

Je n’irai pas manifester bras dessus bras dessous avec des personnes qui méprisent les travailleurs et asservissent le peuple. Tous ces donneurs de leçons voudraient nous faire avaler que la lutte des classes est devenue obsolète et qu’elle est à ranger aux rayons des accessoires, des antiquités. La preuve, le peuple ne fait qu’un avec ses oppresseurs. On a pu le voir dimanche 11 janvier où se côtoyaient dans la rue : ouvriers, cadres, salariés, retraités, jeunes, politiciens, artistes, curés, rabbins, imams, policiers, politiciens, journalistes… tous unis pour sauver les libertés !

Je ne cautionnerai pas, par ma présence, l’hypocrisie des politiciens qui sont des marchands d’armes. La France se situe dans le top 5, et les pays du Moyen Orient sont ses premiers clients.

Je ne marcherai pas aux côtés de chefs d’État despotes et des gouvernements qui ont voté des lois anti-manifestations, qui font tirer et qui tuent des manifestants.

Je continuerai à dénoncer la collusion entre l’État français et le Qatar, sorte d’araignée qui tisse sa toile sur l’ensemble du patrimoine français. Car, avec l’assentiment de la droite et de Sarkozy, l’émirat du Qatar a financé le terrorisme islamiste et a investi dans les banlieues pour prendre en charge les « Français de la diversité ». Ce projet a été avalisé par le nouveau gouvernement de gauche. C’est ainsi que le Qatar a subventionné pour 50 millions d’euros des projets de PME dans les banlieues. Mais leurs pétrodollars servent surtout à financer : les groupes islamistes dans la bande sahélienne limitrophe à l’Algérie et plus précisément dans le Nord-Mali ; des groupes armés comme Ansar Eddine ; Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’ouest…

Je ne côtoierai pas les va-t-en-guerre qui, par la présence militaire française au Mali, en Centre Afrique… contribuent à faire de la France une cible idéale pour les terroristes.

Tout ce déploiement, ce semblant d’unité ne laisse présager rien de bon dans la mesure où cette manifestation n’a rien de spontanée, elle est téléguidée, orientée par le gouvernement et relayée par les médias. Cela ne sent pas bon du tout.

Le ton des hommes au pouvoir se fait de plus en plus martial. Ils se sentent pousser des ailes, vous pensez, 4 millions de personnes dans la rue. Et à force, depuis quatre jours, d’entendre ces mêmes politicards rendre hommage à la police, eh bien, la foule se met à l’applaudir, à remercier les policiers. C’est le Premier ministre de la République qui, ce 12 janvier, en rajoute en déclarant sur BFMTV : « Les étrangers que nous accueillerons, il nous faudra les intégrer pour en faire des soldats de la République. » (sic) Il n’y a qu’un pas à franchir pour voir demain le paysage se parer de la couleur kaki, couleur de la guerre et du crime.

Car le nationalisme légitime le pouvoir, qui engendre la violence de l’État. Le sentiment national, exacerbé à l’extrême, perçu comme une identité collective par un grand nombre, est nocif et dangereux. Il devient alors source d’endoctrinement, d’aliénation et d’obscurantisme. Et, lorsqu’il se conjugue avec le patriotisme, il est contraire à une pensée rationnelle, qui peut conduire aux sacrifices humains au nom de la défense de la patrie. Il est également source de haine. Trop souvent au patriotisme vient se superposer le militarisme, bras armé du système capitalisme. Il est toujours prêt à intervenir hors des frontières, pour protéger les intérêts des multinationales françaises implantées dans d’autres pays. Comme les religions, la mentalité militaire implique la subordination et la soumission.

C’est pourquoi, en tant qu’anarchiste et citoyen du monde, je ne peux qu’être inquiet quand je vois ce qui se passe actuellement en France. C’est une des raisons pour lesquelles je milite : pour l’avènement d’une autre société fondée sur d’autres valeurs comme l’entraide, la coopération, la solidarité, une société égalitaire, autogestionnaire et fédéraliste ; pour un monde sans frontière, pour l’abolition des nationalités, du salariat, du patronat et de l’État. Cette société là sera une société libertaire.

L’émancipation des peuples ne sera jamais l’œuvre des partis politiques et encore moins des religions, mais sera celle de leurs luttes solidaires et autonomes.

Resistance71http://www.monde-libertaire.fr/france/17535-je-ne-suis-pas-aux-ordres