Depuis le début de semaine et l’annonce du blocage du site Islamic-News sur ordre du ministère de l’Intérieur, Numerama s’interroge sur la réalité de l’accusation qui vaut au média d’être bloqué pour apologie du terrorisme.

censure-politique-642x333

 

Même la presse la mieux informée ne fournit pas d’explication à ce qui pourrait bien être un abus de pouvoir portant atteinte à la liberté d’expression. Un sentiment renforcé par la longue lettre ouverte communiquée en exclusivité à Numerama par le créateur d’Islamic-News.info, et que nous avons choisie de publier telle qu’elle, sans en changer une virgule.


 

Quelle réponse donner au blocage administratif décidé par le gouvernement français ? Dois-je me lancer dans une diatribe stérile contre cet État qui se veut le défenseur de la liberté d’expression lorsqu’il s’agit d’insulter le christianisme et l’islam, mais place les verrous lorsqu’il s’agit de s’opposer à sa politique extérieure ? Le choix a été vite fait : je laisse tomber un combat perdu d’avance tout en contestant fermement les accusations. Mais je n’abandonne pas pour autant mon esprit critique.

Pour que mon message soit le plus clair possible, je vais l’articuler en plusieurs points. D’abord lever le voile sur Islamic-news.info, ensuite expliquer en quoi la censure est politique.

Le projet Islamic-News

Le site Islamic-news.info a été fondé en mai 2013. Je l’ai créé quelques mois après ma sortie de l’université, mon diplôme de droit international public, diplomatique et consulaire en poche. Si j’utilise la première personne pour écrire, ce n’est pas pour rien. Islamic-News.info repose depuis le tout début sur une seule personne. J’ai écrit moi-même la totalité des articles, du premier jusqu’au dernier. Je suis donc le seul responsable et le seul à qui parler pour évoquer Islamic-news.info. Aucun groupe, aucune organisation ni aucun mouvement n’est derrière le site. Cette précision a toute son importance car elle démontre le mensonge de Bernard Cazeneuve.

En effet, dans un article de FranceTVinfo, Bernard Cazeneuse revenait sur les censures mises en place et déclarait :  « Les cinq premiers sites [dont Islamic-news.info – c’est moi qui cite] sont tous animés par des groupes répertoriés par les services de renseignement et font tous l’apologie du terrorisme ».

Et non, monsieur Cazeneuve, aucun groupe n’animait le site Islamic-news.info. Aucun groupe ni organisation proche de l’État Islamique ou d’Al-Qaïda ne l’animait ni ne le finançait. Le site était dirigé par un seul homme, qui vit en Europe, qui est inscrit légalement sur les registres d’OVH et qui paie avec son propre compte en banque le serveur qu’il loue auprès du numéro 1 français. Aucun cryptage de données n’est utilisé, aucune combine, absolument rien, tout est transparent car il n’y a rien à cacher. Je n’avais besoin que de 50 euros par mois pour faire tourner le site et lui donner une allure professionnelle, avec un certain succès d’ailleurs. Des journalistes professionnels m’ont même contacté pour me proposer des articles. Un photojournaliste palestinien de Gaza m’avait offert ses services lors de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, durant l’été 2014. Le Nouvel Observateur a cité l’un de mes articles comme source dans la rédaction de l’un de ses billets sur la Syrie. Wikipedia a indexé plusieurs de mes articles comme « références sérieuses ». Bref, pendant près de 2 années, il n’y a rien eu à redire. Personne n’a trouvé le moindre argument pour démontrer notre illégalité. En 2 ans, j’ai attiré près d’un million de visiteurs uniques. Aucun n’a jamais trouvé élément à contester.

La pertinence des accusations de l’État français :

1. Site qui provoque au terrorisme

Dois-je en rire ou en pleurer ?! Imaginez-vous deux secondes : un site Internet créé en Europe, hébergé en Europe, financé en utilisant mes coordonnées bancaires officielles et avec ma carte d’identité à disposition de l’hébergeur, bref un site totalement transparent qui inciterait ou provoquerait à des actes de terrorisme. Je ne suis pas spécialiste du droit français, mais je sais ce qu’est la provocation au terrorisme, même s’il est difficile de déterminer les limites juridiques du concept. L’incitation ou la provocation au terrorisme n’ont aucun sens pour moi, aucun intérêt. Je suis convaincu que mille mots sont plus efficaces que tout acte de violence. C’est ma conviction personnelle. Je n’ai pas étudié cinq années dans l’une des meilleures universités européennes pour en sortir « radicalisé » et « assoiffé de sang ». La meilleure manière de prouver cela est de citer un article que j’ai écrit début 2014. J’avais vivement dénoncé les propos d’un combattant en Syrie qui encourageait à commettre des attentats en Europe. J’avais souligné le danger de ce genre de message et ses conséquences néfastes sur la population musulmane en Europe, qui n’a vraiment pas besoin de ça en ces moments. Et cet article, je l’ai écrit par conviction personnelle. Bref, appeler les lecteurs à commettre des attentats est impensable, cela dépasse tout bon sens.

2. Le site fait l’apologie du terrorisme

L’apologie du terrorisme, c’est d’abord et avant tout la volonté de montrer « sous un jour favorable » des actes de terrorisme, de les présenter comme « légitimes », voire « nécessaires ». En résumé, c’est défendre les actes de terrorisme commis et se féliciter de leur survenance. Rien, absolument rien, dans ce que j’ai écrit ne fait passer les actes terroristes sous un jour favorable ni ne les légitime. Et puis de quels actes de terrorisme parle-t-on ? Je n’ai pas écrit un mot sur la tuerie de Charlie Hebdo, pas un mot sur les décapitations de l’État Islamique, pas un mot sur le Jordanien brûlé vivant, pas un mot sur les soldats alaouites et chiites massacrés. Bref, j’ai sciemment évité les sujets polémiques qui pourraient être mal interprétés.

En outre, et contrairement à ce qu’avance le ministre de l’Intérieur, je n’ai jamais diffusé la moindre vidéo de l’État Islamique sur mon site. Je ne suis pas idiot. Si je publiais leurs vidéos officielles, je me ferais complice de sa diffusion. Serais-je inconscient à ce point ? Je sais distinguer le légal de l’illégal, et je sais où s’arrête la liberté d’expression.

J’aimerai également attirer votre attention sur l’un des articles les plus influents que j’ai écrits. J’avais abordé la question des jeunes Européens qui s’engageaient en Syrie pour mener le Djihad. J’avais fait un appel public pour qu’ils n’aillent pas se faire tuer pour rien en Syrie dans une guerre qu’ils ne comprennent pas. Mais je ne leur ai pas conseillé d’oublier la Syrie. Au contraire, je leur ai rappelé que 10 millions de réfugiés syriens crèvent de faim et qu’ils feraient mieux d’aider ces réfugiés en récoltant des dons, par exemple, car ce sont eux qui ont le plus besoin de leur aide et pas les militants de l’État Islamique. Je crois fermement que les jeunes Européens n’ont pas à s’engager militairement en Syrie. Je l’ai écrit, pas pour faire plaisir aux autorités, mais simplement parce que c’est ma conviction profonde.

Lire la suite de l’article